Fluffy Clouds
"With Fluffy Clouds, Jürgen Nefzger takes us on a journey through several European countries: France, Germany, Spain, Switzerland, Great-Britain and Belgium, all of which are strongly dependent on nuclear power. This series goes further than merely cataloguing power stations. It covers great geographical diversity by situating them in their natural and social environment. The representation of various landscape patterns is underlined by the use of a wide range of colors and lighting situations, following the course of a full year. By choosing the power station as a symbol these images address sociological, ideological and political issues."
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Raphaëlle Stopin in Catalogue des Rencontres Arles, 2005
Artist statement
Fluffy Clouds, a series of 75 images on the close surroundings of nuclear power plants, is part of my ongoing reflection on the environment and our ways of dealing with our still-growing dependency on energy. The title conveys a widely-held picturesque view: that of a beautiful landscape beneath a peaceful sky. The beauty of the sites and the carefree attitude of the people who inhabit these decors are contrasted in each image with the presence of a nuclear power station. Beneath a dazzling sky, another aspect of the landscape is brought to light. We are in an observed area, faced with an industry that is subject to heavy criticism for the risks, the pollution and the costs that it generates.
To shoot the Fluffy Clouds series, starting in 2003, I travelled to nuclear power plants in France, Great Britain, Switzerland, Germany, Belgium, and Spain at various times of the year. The series unfolds from spring to winter, which allows the different images to be viewed in a linear time frame and the various landscapes to be linked to each other. I believe that this cyclical approach is a better way of presenting the subject of nuclear power than an inventory, which would have been controlled, for example, by geographical and border criteria, and which would be obsolete in the event of an accident.
In Fluffy Clouds, the nuclear reactors are nested in the landscape, and, in a terrifying way, appear to be inoffensive fragments of nature. People are enjoying leisure activities in their immediate surroundings without a second thought: playing golf and tennis, fishing in neighboring ponds, swimming in the sea or growing vegetables in communal gardens and fields, all within sight of the nuclear power stations. Many of the pictures convey the beauty of nature, wherein the nuclear stations themselves become “scenic,” as in the picture of Beznau in Switzerland. As the real threat has slipped into the invisible, I try to show how people are growing oblivious to the inherent threat linked to nuclear energy facilities.
The announcement of an imminent catastrophe is hiding in all these images, which not only carry the traces of human intervention on nature, but show how much we have adapted to those deformations and how we accept most of them. Even though the recent catastrophe in Fukushima revealed the devastating potential of nuclear power stations, triggering a temporary crisis and heated debates, the United States has just announced a plan to build nuclear plants in the state of Georgia.
For a long time, we have been in an advanced stage of assimilation of nature, and now we have entered a time of profound alienation of nature—a trend that will not be easily reversed.
« Avec Fluffy Clouds, Jürgen Nefzger nous emmène à travers plusieurs pays européens fortement dépendants de l’énergie nucléaire : la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse, la Grande-Bretagne et la Belgique. Cette série va au-delà d’un simple inventaire des centrales. Elle couvre une grande diversité géographique en les situant dans leur environnement naturel et social. La variété des paysages est soulignée par une large palette de couleurs et de lumières, au fil d’une année entière. En choisissant la centrale comme symbole, ces images abordent des enjeux sociologiques, idéologiques et politiques. »
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Raphaëlle Stopin, catalogue des Rencontres d’Arles, 2005
Note d’intention
Fluffy Clouds, série de 75 images sur les abords immédiats des centrales nucléaires, s’inscrit dans ma réflexion sur l’environnement et sur notre manière de faire face à une dépendance énergétique toujours croissante. Le titre évoque une vision pittoresque largement partagée : celle d’un beau paysage sous un ciel paisible. Dans chaque image, la beauté des sites et l’insouciance des habitants de ces décors se heurtent à la présence d’une centrale nucléaire. Sous un ciel éclatant, une autre facette du paysage apparaît. Nous sommes dans une zone surveillée, face à une industrie vivement critiquée pour les risques, la pollution et les coûts qu’elle engendre.
Pour réaliser Fluffy Clouds, à partir de 2003, je me suis rendu auprès de centrales nucléaires en France, en Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne, en Belgique et en Espagne, à différentes périodes de l’année. La série se déroule du printemps à l’hiver, ce qui permet de lire les images selon une temporalité linéaire et de relier les paysages entre eux. Cette approche cyclique me semble plus juste pour aborder le nucléaire qu’un inventaire, qui aurait obéi par exemple à des critères géographiques ou frontaliers, et qui deviendrait caduc en cas d’accident.
Dans Fluffy Clouds, les réacteurs sont nichés dans le paysage et prennent, de façon terrifiante, l’apparence de fragments inoffensifs de la nature. Les gens s’adonnent à leurs loisirs à proximité immédiate sans y penser : golf, tennis, pêche dans les étangs voisins, baignade en mer, potagers et jardins familiaux, le tout en vue des centrales. Beaucoup d’images montrent la beauté de la nature, où les centrales elles-mêmes deviennent « pittoresques », comme dans la photographie de Beznau, en Suisse. La menace réelle ayant glissé dans l’invisible, je cherche à montrer comment nous devenons indifférents au danger inhérent aux installations nucléaires.
L’annonce d’une catastrophe imminente se cache dans toutes ces images, qui portent les traces de l’intervention humaine sur la nature et montrent aussi à quel point nous nous sommes adaptés à ces déformations, et combien nous en acceptons la plupart. Alors même que la catastrophe de Fukushima a révélé le potentiel dévastateur des centrales nucléaires, déclenchant une crise passagère et de vifs débats, les États-Unis viennent d’annoncer la construction de centrales en Géorgie.
Depuis longtemps, nous en sommes à un stade avancé d’assimilation de la nature ; nous sommes désormais entrés dans une ère de profonde aliénation de la nature, une tendance qui ne s’inversera pas facilement.