Épuisement / Erschöpfung
The Plateau de l’Arbois, west of Aix-en-Provence, is presented as a low-lying natural area offering pleasant views of the Sainte-Victoire massif and the Alpilles range. One readily imagines Jean Giono walking the many paths that criss-cross the region, attentive to the radiant nature he describes so cheerfully in Les Grands Chemins: “I listen too. The laurel whistles, the juniper crackles, the walnut snaps, the rain murmurs on the plateau.” The author of Manosque-des-Plateaux and The Man Who Planted Trees sang of a landscape of authentic beauty… but with an uncertain future. Today, on an out-of-the-way road near the high-speed railway station, thousands of tonnes of waste are piling up. This illegal dump appeared in the mid-2010s. Small at first, it grew considerably over the following years, to the point of becoming a genuine ecological disaster. To the rubble coming mainly from demolition and construction sites was added that of private individuals, who found here an opportunity to get rid of broken equipment and worn-out materials. Dealing with this vast site was long delayed, which made the situation considerably worse. But another kind of “treatment”, singular and unexpected, emerged: that of Jürgen Nefzger, who took it upon himself to photograph these soiled and degraded spaces. The artist returned to the site several times and, as his investigations progressed, made numerous photographs, building up a kind of archive or collection of images… A feeling of deep distress takes hold of us as all these images pass before our eyes. But it is above all a sense of vertigo that ends up prevailing, so relentlessly is the eye subjected to an endless accumulation of heaps and piles of every kind. Facing up to the waste or plunging into chaos: with the series Épuisement, the artist does exactly that, and seems to answer the call as fully as possible.
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Maurice Fréchuret, excerpt from the essay Natures mortes, 2021
Le plateau de l’Arbois, situé à l’Ouest d’Aix-en-Provence, est présenté comme un espace naturel de faible altitude qui offre des points de vue agréables sur le massif de la Sainte-Victoire et la chaine des Alpilles. On imagine volontiers Jean Giono parcourant les nombreux sentiers qui sillonnent la région, attentif à cette nature radieuse qu’il décrit de manière enjouée dans Les Grands Chemins : « J’écoute aussi. Le laurier sifflote, le genévrier pétille, le noyer claque, la pluie murmure sur le plateau. » L’auteur de Manosque-des-Plateaux et de L’Homme qui plantait des arbres a chanté un paysage à la beauté authentique... mais au devenir incertain. Aujourd’hui, sur une route excentrée aux abords de la gare des trains à grande vitesse, s’amoncellent des milliers de tonnes de déchets. Cette décharge sauvage est apparue au milieu des années 2010. De faible ampleur au début, elle s’est considérablement développée au cours des années suivantes, au point de devenir une véritable catastrophe écologique. Aux déversements provenant essentiellement des chantiers de démolition et de construction se sont ajoutés ceux des particuliers qui ont trouvé ici l’occasion de se débarrasser des matériels défectueux et des matériaux usités. Le traitement de ce vaste ensemble a beaucoup tardé, ce qui a eu pour effet d’aggraver considérablement la situation. Mais un autre « traitement », particulier et inattendu, a vu le jour. Celui opéré par Jürgen Nefzger qui prit l’initiative de photographier ces espaces salis et dégradés. L’artiste se rendit à plusieurs reprises sur les lieux et, au fur et à mesure de ses investigations, opéra de nombreuses prises de vue et constitua ainsi une manière d’archive ou de recueil d’images… Un sentiment de grande affliction s’empare de nous lorsque toutes ces images défilent devant nos yeux. Mais c’est surtout la sensation de vertige qui finit par dominer tant le regard est soumis à une accumulation infinie de tas et de monceaux de toute nature. Faire face à la gabegie ou plonger dans le chaos, avec la série Épuisement l’artiste n’agit pas autrement et semble répondre au mieux à la suggestion.
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Maurice Fréchuret, extrait de l’essai Natures mortes, 2021